Le Mythe du JE”
Par Philippe Benichou
La plus grande qualité humaine est la générosité. La générosité n’a pas besoin d’être apprise ce qui la rend qualité universelle.
J’ai grandement besoin de méditer car seule la méditation m’apprend à être seul dans mon être intérieur. Je cherche toujours un Je qui n’existera jamais. L’ego est ce JE, cet imposteur habile qui perturbe ma vie. Comment aurait été ma vie si JE n’avais jamais eu de JE? En fait il n’y a jamais eu de JE. JE n’existe pas! Je n’a jamais existé. Je n’a pas de vie, il ne n’en a jamais eu. Le meilleur exemple c’est l’enfance innocente que nous avons tous connu et quand il n’y avait pas de JE à défendre et aiguiser. Observes tes JE. Ils sont partout.
Toutes les formes de pensées passent par JE. Sans JE la pensée ne peut pas être. Autrement dit, une pensée sans objet de pensée ne peut exister. En enlevant ce JE de votre existence, vous restituer votre liberté individuelle et totale. Quand j’imagine avoir un JE, mon être ne peut qu’être immobilisé et attendre l’abandon conscient de l’objet observé qui est le JE. Sans cet abandon total mais facile, chaque JE se fige soit sur lui-même en tant qu’objet soit sur l’objet lui-même.
L’abandon de l’objet est la plus grande liberté que l’homme puisse connaître. Chose rarissime dans le monde actuel. L’abandon de l’objet présuppose également l’abandon de l’observateur de l’objet. Soyons clair, un JE est partout dans nos vies. JE se réveille, JE se gratte, JE s’étire, JE pense à sa journée ou à sa nuit, JE décide de se lever, JE prépare son petit déjeuner, JE va au travail, JE est amoureux, JE se fait draguer, Je a mal au pied, JE paye ses impôts, JE divorce, Je est un fils, JE est une nièce, JE va chercher les enfants à l’école, JE vote, JE pense, JE prend sa retraite, JE écrit des romans et produit des films, JE est élu président, JE est membre du club, JE est très connu, JE joue au poker, JE corrige, JE s’affirme, JE gagne les concours, JE est quelqu’un d’illustre, JE est communiste, JE fait la guerre, JE investi, JE joue très bien au piano, JE est tout d’un coup grand’ père ou grand’mère, JE fais la grève ou a la grève, JE se dispute avec sa femme, JE prend des vacances, JE monte en grade, JE fait faillite, JE devient malade, JE a le cancer, JE meurt d’une crise cardiaque.
Le jeu du JE est notre cage émotionnelle et psychologique sans en avoir besoin de l’être. Quand JE pense à lui-même JE est tout d’un coup fatigué. Même de ne PAS penser à lui-même est fatiguant car il faut un JE pour ne pas penser à quelque chose. C’est pourquoi les affirmations ne marchent que très temporairement car il faut un JE pour affirmer. Comme le JE n’existe pas il ne peut maintenir aucune chose d’où le vide que l’on ressent après avoir affirmer quelque chose.
JE se projette également chez l’autre qu’il voit comme un autre JE, une copie buvard de son JE vu sous un autre angle qui plait ou ne plait pas. Chaque relation est une relation de JE à JE. JE a besoin d’amour, JE a besoin d’intimité avec un autre JE qui lui soufflera des mots d’amour pour valider, calmer ou protéger ses JE les plus cachés. La vie est une danse incessante de JE au pluriel sans aucune réflexion sur eux-mêmes. JE aveugle ma destinée qui elle est toujours claire.
J’appartiens à la vie pas ailleurs ou à qui d’autre. La vie vit en ce moi qui n‘est pas un JE objet ou observateur. La vie est vécue par la vie pas par ce JE qui insiste toujours à vouloir être le maître et dominer le moment. La vie a toujours été un abandon total.
L’abandon sera toujours généreux car il n’a rien à perdre. Quand la vie cesse d’être un abandon risqué et généreux, le nuage noir du JE est descendu enlever le souffle et le mouvement éternel de la vie. Il n’y a pas d’autre miracle que d’être soi sans aucune personnalisation sociale ou culturelle.